Quarante ans de toile, puis autre chose
La voilerie a fermé en 2014. Nous avons repris les murs sans rien enlever de ce qui servait à coudre : c'était la condition posée par l'ancien propriétaire.
Ce qui se passait dans cette salle
On y coupait des voiles pour les bateaux du golfe : dériveurs, vieux gréements, quelques unités de pêche. La salle est longue parce qu'une grand-voile déployée demande douze mètres sans obstacle.
Le sol est en bois pour la même raison : la toile s'y pose sans s'accrocher, et on peut y planter des repères sans abîmer quoi que ce soit.
Quand l'atelier a fermé, tout est resté en place pendant huit ans. Nous avons dépoussiéré, changé l'électricité et rien déplacé d'autre.

La salle de coupe
Douze mètres sans un poteau, aujourd'hui la salle à manger.
Les machines
Deux Singer à toile, à l'endroit exact où elles cousaient.
Les écoutes
Enroulées aux poutres, avec leurs épissures d'origine.
Quatre engagements simples
- Rien de ce qui vient de l'atelier ne sera vendu ni déplacé.
- On joue pour des points : pas une pièce sur le tapis, pas un gain à empocher, pas la moindre dette d'un banc à l'autre.
- Ce qui se mange vient du golfe ou du département, à trois exceptions près assumées.
- Quand le verre de trop est passé, le barreur cède la barre : nous appelons une voiture avant de rendre les clés.
Pourquoi « prendre un ris »
- Sur un bateau, prendre un ris consiste à réduire la voile quand le vent forcit.
- Ici, cela veut dire ralentir la soirée : lumière baissée, musique coupée, donnes plus lentes.
- Le ris se prend vers 22h en semaine, plus tard le samedi, jamais avant le dernier service.
- Personne n'est prié de partir quand on prend le ris : c'est l'allure qui change, pas l'horaire.